Sommaire
  1. Pourquoi ce nom ?
  2. Comment se forme un trou noir
  3. Les trois familles de trous noirs
  4. Comment on détecte ce qui n’émet pas de lumière
  5. Les ondes gravitationnelles
  6. Les étoiles autour de Sgr A*
  7. Le disque d’accrétion et les jets
  8. L’image de l’Event Horizon Telescope
  9. Les deux images de l’EHT, lues pas à pas
  10. 2019 : M87*, au cœur de la galaxie Messier 87
  11. 2022 : Sagittarius A*, au centre de la Voie lactée
  12. Ce que vous verrez vraiment
  13. Ne pas confondre
  14. Ordres de grandeur
  15. Qu’y a-t-il à l’intérieur ?
  16. Questions fréquentes
  17. Pour aller plus loin

Définition

Un trou noir est une région de l’espace où la gravité est si forte que rien, pas même la lumière, ne peut revenir une fois la limite franchie. La science n’en montre pas l’intérieur : on le repère par ses effets sur les corps voisins, sur le gaz, sur l’espace-temps et sur le rayonnement. On distingue trois familles : stellaires, intermédiaires et supermassifs. Mise à jour : 2 novembre 2026.

Un trou noir n’est pas un vide. C’est une concentration de masse dans un volume très compact, si dense que son attraction domine tout près de lui.

Le point qui change tout est la limite de non retour, l’horizon des évènements. Avant cette frontière, la matière peut encore s’échapper. Après, non. On ne photographie donc pas le trou noir lui-même : on mesure ses effets.

Pourquoi ce nom ?

Le mot noir va de soi : aucune lumière ne ressort. Le mot trou prête davantage à confusion.

Image de la vidéo « On s’est trompés sur les TROUS NOIRS (voilà pourquoi) — avec J.-P. Luminet » de Omniscience Podcast
On s’est trompés sur les TROUS NOIRS (voilà pourquoi), avec J.-P. Luminet

Il ne faut pas imaginer un vide dans l’espace : le trou noir est l’un des objets les plus denses que la physique décrive. Le mot rend l’idée de fond : la lumière peut entrer, mais pas sortir.

Le trou noir lui-même ne brille pas. Ce qui brille, quand quelque chose brille, c’est son environnement : le gaz chauffé, la matière en chute, parfois un jet de particules. Confondre l’objet et son voisinage explique beaucoup de malentendus.

Comment se forme un trou noir

Le scénario le mieux compris est la fin de vie d’une étoile massive. Tant que l’étoile vit, la pression de son cœur compense la gravité. Quand le combustible manque, l’équilibre se casse et le noyau s’effondre, très vite à l’échelle astronomique. Souvent, les couches externes sont expulsées lors d’une supernova, puis le cœur restant devient un trou noir.

On parle alors de trou noir stellaire, de quelques à plusieurs dizaines de masses solaires. Il peut ensuite attirer de la matière proche, par exemple dans un système binaire.

Pour les trous noirs supermassifs, la recherche reste ouverte. On les trouve au centre de nombreuses grandes galaxies, mais leur origine est discutée : fusion d’objets compacts, croissance par accrétion. Nous n’avons pas d’histoire unique, et mieux vaut le dire.

La masse solaire est l’unité de référence : un trou noir de 10 masses solaires est dix fois plus massif que notre étoile.

Les trois familles de trous noirs

On les classe selon leur masse. La frontière entre catégories n’est pas nette, mais la distinction reste pratique.

Famille Masse Origine Détection principale Exemple réel
Stellaire De quelques à plusieurs dizaines de masses solaires Effondrement d’une étoile massive ou évolution d’un objet compact en système binaire Ondes gravitationnelles, rayonnement du disque d’accrétion Cygnus X-1
Intermédiaire Environ 100 à plus de 10 000 masses solaires Encore débattue Famille la moins bien établie Des candidats, pas une famille aussi solidement peuplée que les deux autres
Supermassif De 100 000 à plusieurs milliards de masses solaires Origine débattue Orbites d’étoiles, disque d’accrétion, image radio Sgr A*, M87*

Les trous noirs intermédiaires restent les plus délicats à confirmer : il existe des candidats, et la prudence est la bonne attitude.

Les supermassifs sont mieux installés. Dans la Voie lactée, Sagittarius A*, ou Sgr A*, appartient à cette famille. Il n’émet pas de lumière visible, mais la matière qui s’en approche atteint des températures très élevées et rayonne.

Comment on détecte ce qui n’émet pas de lumière

On ne cherche pas un point noir dans un ciel noir : on cherche des indices. Quatre tiennent bien la route.

Ce qu’on mesure

  • Ondes gravitationnelles : une déformation de l’espace-temps détectée par des interféromètres comme LIGO et Virgo.
  • Orbites d’étoiles : des trajectoires suivies en infrarouge autour d’un objet invisible et très massif.
  • Rayonnement du disque d’accrétion : du gaz chauffé avant de franchir l’horizon.
  • Image EHT : une reconstruction radio de l’ombre du trou noir et de l’anneau de matière qui l’entoure.

Ce qu’on en déduit

  • Fusion de trous noirs stellaires : le signal enregistré n’est pas une image, c’est une ondulation mesurée.
  • Masse du centre galactique : plus les étoiles tournent vite et près, plus l’objet central est massif.
  • Présence d’un environnement chaud : ce qu’on voit, c’est le gaz, pas le trou noir lui-même.
  • Structure sombre entourée d’un anneau lumineux : une signature cohérente avec un trou noir supermassif.

Les ondes gravitationnelles

Quand deux objets compacts fusionnent, ils modifient la géométrie de l’espace-temps. Cette perturbation se propage en ondes gravitationnelles, mesurées par LIGO et Virgo. Ce n’est ni une image ni de la lumière : c’est un signal.

Cette méthode a surtout confirmé l’existence de trous noirs stellaires et montre la dynamique de la fusion elle-même.

Les étoiles autour de Sgr A*

On suit des étoiles qui tournent autour d’un point invisible. Leur vitesse et leur trajectoire indiquent une masse énorme concentrée dans un volume très réduit : la logique de Kepler, appliquée à un centre galactique.

Ces mesures se font en infrarouge, pas à l’œil ni dans un télescope amateur.

Le disque d’accrétion et les jets

La matière qui tombe vers le trou noir ne traverse pas l’horizon d’un coup. Elle forme souvent un disque d’accrétion en rotation, où frottements, compression et champs magnétiques chauffent le gaz. Il rayonne en radio, en infrarouge, parfois en rayons X.

Le rayonnement vient de l’environnement, pas du trou noir. Les jets observés parfois sortent eux aussi de cette région active.

L’image de l’Event Horizon Telescope

L’Event Horizon Telescope, ou EHT, combine des radiotélescopes répartis sur la Terre pour fabriquer un instrument virtuel de très grande taille. Il ne photographie pas une scène éclairée : il reconstruit une structure à partir de données radio.

Le résultat montre une ombre centrale, zone où la lumière est capturée ou fortement déviée, entourée d’un anneau : le gaz très chaud qui tourne autour.

Les deux images de l’EHT, lues pas à pas

Ces images ont été beaucoup commentées, parfois mal. Voyons ce qu’elles montrent, ce qu’elles ne montrent pas, et ce qu’elles prouvent.

2019 : M87*, au cœur de la galaxie Messier 87

L’image publiée le 10 avril 2019 montre un anneau brillant autour d’une zone sombre. M87* est le trou noir supermassif de la galaxie Messier 87. C’est la première image de l’ombre d’un trou noir diffusée au public.

On y voit la matière chauffée, pas le trou noir. Le centre sombre est la signature attendue de l’ombre. L’image n’est pas sortie d’un appareil photo : elle est reconstruite à partir de données radio de plusieurs observatoires.

M87* est beaucoup plus massif que Sgr A*, mais les deux images se ressemblent : près de l’horizon, les détails dépendent moins de la masse que du comportement de la matière.

2022 : Sagittarius A*, au centre de la Voie lactée

L’image publiée le 12 mai 2022 montre aussi un anneau autour d’une zone sombre. Il s’agit du trou noir supermassif de notre galaxie, à environ 27 000 années-lumière, d’environ 4 millions de masses solaires.

Le résultat est plus difficile à figer que pour M87* : la matière autour de Sgr A* change plus vite, ce qui oblige à traiter et moyenner les données avec prudence. Ce n’est pas une photographie prise en une fraction de seconde, mais une reconstruction issue d’observations radio réalisées en 2017.

Elle confirme que le centre de la Voie lactée abrite un objet compact et extrêmement massif.

Ce que vous verrez vraiment

Aucun trou noir n’est visible à l’œil nu, aux jumelles ni à l’oculaire d’un instrument amateur. Vous ne verrez jamais un disque noir découpé dans le ciel comme on le dessine parfois.

Si vous regardez vers le centre de la Voie lactée en été, vous verrez des étoiles denses, des nébuleuses, des zones sombres de poussière, pas le trou noir central : il est trop petit angulairement et n’émet pas de lumière visible.

Les images de l’EHT n’y changent rien. Ce sont des reconstructions de données radio, ni une vue directe, ni une photographie en longue pose optique.

Ne pas confondre

Notion Ce qu’il faut retenir
Horizon des évènements La frontière autour du trou noir, pas l’objet lui-même
Singularité Le centre prévu par la relativité générale, non observable directement
Naine blanche, étoile à neutrons Objets compacts, mais ce ne sont pas des trous noirs
Quasar Un trou noir supermassif très actif, entouré d’un noyau galactique brillant
Trou de ver Hypothèse théorique, hors du sujet ici

Une idée reçue : le trou noir aspirerait tout. Ce n’est pas le cas. À grande distance, sa gravité est celle de n’importe quelle masse équivalente : si le Soleil était remplacé par un trou noir de même masse, les planètes garderaient leurs orbites. C’est la proximité qui change tout.

Ordres de grandeur

27 000 années-lumière
distance d’environ Sgr A*
environ 4 millions
de masses solaires pour Sgr A*
2019 et 2022
années des deux images EHT
environ 6,5 milliards
de masses solaires pour M87*

Qu’y a-t-il à l’intérieur ?

Au-delà de l’horizon, aucune observation directe n’est possible. La relativité générale prévoit une singularité au centre, mais cette théorie ne suffit sans doute pas à décrire les conditions extrêmes du cœur : la physique y reste incomplète.

Ce que l’on sait vient donc de l’extérieur : la masse, la vitesse des étoiles voisines, la forme du rayonnement, l’ombre projetée sur le gaz chaud.

Questions fréquentes

Questions fréquentes

Quel trou noir a été « pris en photo » ?

Deux : M87*, publiée le 10 avril 2019, puis Sagittarius A*, présenté le 12 mai 2022. Dans les deux cas, ce sont des reconstructions radio de l’anneau et de l’ombre.

Le trou noir de notre galaxie menace-t-il la Terre ?

Non. Sgr A* se trouve à environ 27 000 années-lumière, hors de tout danger direct.

Un trou noir est-il vraiment noir ?

Oui : aucune lumière n’en sort une fois l’horizon franchi. Ce qui peut briller, c’est le gaz chauffé autour de lui.

Peut-on en voir un avec un télescope amateur ?

Non. Un instrument amateur peut montrer la région du centre galactique, pas le trou noir.

Pourquoi les images de M87 et de Sgr A se ressemblent-elles ?** Près de l’horizon, la physique du gaz et de la gravité impose des structures comparables, même si les masses sont très différentes.

Pour aller plus loin

Si vous ne retenez qu’une idée : un trou noir ne se regarde pas directement, il se prouve par ses effets. C’est moins commode qu’une image simple, mais cela évite de raconter n’importe quoi sous un beau fond noir.

Pour replacer les trous noirs parmi les autres grandes questions, de l’origine de l’univers à la matière noire, notre dossier d’astrophysique sur ce qu’on mesure et ce qu’on ignore donne la carte d’ensemble.